Nouveaux modes d’expression du digital : quelles évolutions ?

Les moyens d’expression que nous utilisons pour communiquer sur les plateformes digitales évoluent constamment depuis que les réseaux sociaux ont révolutionné le web. Aujourd’hui les emojis, les GIFs, les stories et autres formats sont entrés dans nos modes de langage. Comment expliquer ça ?

 

Lorsqu’un nouveau réseau social émerge et qu’il est adopté par le grand public avec succès, ses fonctionnalités, et plus particulièrement celles qui plaisent à la jeune génération, se démocratisent. Peu d’entre elles réussissent véritablement à s’imposer, mais certaines bousculent les codes et finissent par entrer dans la norme et devenir de moyens d’expression à part entière.

 

Twitter a démocratisé le Hashtag, créé en 2007 par un utilisateur pour thématiser ses tweets, qui est devenu depuis plus qu’un simple moyen d’expression, mais un réel phénomène social. L’utilisation du hashtag a bousculé la manière de communiquer sur les réseaux sociaux, tout comme les 140 caractères avant lui. Il permet aux utilisateurs d’exprimer toute sorte de réaction, et même d’être créatif. Cette fonctionnalité s’est imposée comme un moyen d’expression populaire ancré dans notre quotidien jusqu’à s’immiscer dans nos conversations hors digital.

 

Premier hashtag Twitter

 

Facebook a popularisé le Like (ou le “j’aime”), symbole qui permet d’exprimer son approbation sur les publications, et qui s’est rapidement imposé comme LE baromètre de réussite sociale sur les réseaux sociaux. Il est maintenant décliné en réaction (“j’adore”, “haha”, “wouah”, “triste”, “grr”) pour permettre aux utilisateurs de s’exprimer encore plus. C’est devenu un réflexe pour les utilisateurs qui “like” sans vraiment réfléchir, et la fonctionnalité phare de Facebook a été reprise et décliné sur tous les réseau sociaux.

Facebook réactions 

Un nouveau mode de langage plus visuel

 

Aujourd’hui, et depuis quelques années déjà, la tendance est à l’image. Nous évoluons vers des modes de langage de plus en plus visuels (les emojis, la vidéo live, les GIFs, les “memes”, les stories, les vidéos 360°) facilités par le perfectionnement des outils de photographie et de vidéo, notamment les smartphones.

 

Le format court, mis en avant par l’explosion de Vine (l’application de Twitter qui permettait de partager de courtes vidéos de 6 secondes qui tournent en boucle), s’est imposé comme un format à part entière. Initialement présent sur Snapchat en version 10 secondes, ce format s’est développé avec le changement de comportement des internautes qui, dans un contexte de “culte de l’immédiateté”, s’orientent massivement vers le “snackable content”, des contenus divertissants, consultables rapidement et partout. Les marques ont dû s’adapter à ce nouveau format, que ce soit sous forme de vidéo, ou même de média comme Discover sur Snapchat.

 

Vine

 

Les stories (juxtaposition de plusieurs photos ou vidéos de 10 secondes ou moins, consultables par tous les contacts pendant 24 heures) popularisée par Snapchat, reflètent une tendance au storytelling dans les nouveaux modes de langage des réseaux sociaux. Ce nouveau format repousse les capacités d’immersion et de créativité des contenus. Aidé par le visuel mais contraint par la durée, les marques doivent penser plus stratégiquement pour réussir à raconter des histoires en proposant des contenus uniques et immersifs (making off, coulisses).

L’usage du mobile a d’ailleurs imposé de lui-même la verticalité des interfaces et des vidéos. Les habitudes des consommateurs ont changé et les supports ont évolué. Résultat : aujourd’hui, la majorité des vidéos sont consommées sur smartphone et l’arrivée de Snapchat, avant quoi personne ne filmait à la verticale a popularisé ce format. Les annonceurs comme les médias sociaux se sont adaptés en concevant des contenus adaptés.

 

Le swipe (ou balayage) horizontal et latéral est devenu le nouveau mode de navigation sur mobile, et même sur desktop. Toutes les interfaces mobiles (applications, réseaux sociaux, sites mobiles) s’y sont adapté pour proposer ce mode de navigation. Ce mouvement plus ergonomique qui simplifie la navigation est devenu un réflexe naturel pour les mobinautes.

 

Ces tendances, qui ont rapidement fait l’unanimité, demandent aux plateformes digitales et aux réseaux sociaux de constamment s’adapter aux nouvelles attentes des utilisateurs. Et pour toujours rester en phase avec les internautes, de plus en plus exigeants, ils essaient de tirer leur épingle du jeu en se rivant sur les fonctionnalités qui ont du succès auprès du grand public pour les adapter.

 

Snapchatisation des interfaces sociales

 

L’arrivée de Snapchat, en 2011, a chamboulé l’univers des réseaux sociaux. C’est devenu très rapidement le réseau social de prédilection des moins de 25 ans (qui représentent 71 % de l’audience) et l’interface la plus influente sur mobile (166 millions d’utilisateurs actifs par jour). Son concept unique basé sur l’éphémère, sa capacité à séduire la jeune génération et sa croissance exponentielle en ont fait un challenger de taille pour le géant Facebook qui, malgré une offre à 3 milliards de dollars, n’a pas réussi à faire plier Evan Spiegel.

 

Pour riposter face à l’arrivée fracassante de Snapchat, les plateformes sociales ont massivement calqué ses fonctionnalités phares. En effet, Snapchat inspire par la liberté d’expression permis grâce l’aspect éphémère et créatif proposé aux utilisateurs qu’il a su populariser. Dans son rapport Social Life 2017, Harris Interactive a d’ailleurs fait figurer la “snapchatisation” parmi les trois tendances sociales 2016, avec les applications de messaging et les chatbots.

 

Baromètre annuel Social Life 2017 Harris Interactive
Baromètre annuel Social Life 2017 – Harris Interactive

 

Instagram, réseau basé sur l’esthétisme et la photographie, adopte les stories en août 2016, suivi de Whatsapp en février 2017 et de Facebook Messenger en mars 2017. Comme sur Snapchat, les utilisateurs peuvent ajouter à leurs photos ou vidéos des stickers, des emojis, du texte, des dessins ou des filtres colorés et les partager publiquement pendant 24h ou en privé sous forme de message éphémère. C’est Facebook qui finalise l’opération fin mars 2017, en intégrant également les stories en haut du feed d’actualité, mais contrairement aux autres, Facebook reprend la fonctionnalité maîtresse de l’application préféré des ados, les lenses (filtres animés sponsorisé ou non). L’objectif ? Pallier la baisse de fréquentation et inciter les 2 milliards d’utilisateurs de Facebook à poster des photos et vidéos via l’application mobile et également, faire d’Instagram le réseau maître du partage de photos et de vidéos et le réseaux où poster ses stories. Pari plutôt réussi pour Instagram qui, en à peine 5 mois, a conquis plus de 150 millions d’utilisateurs.

 

Snapchat tente de riposter face à l’attaque de ces concurrents en proposant de nouvelles fonctionnalités toujours plus créatives : snaps éternels, snap loop (vidéos en boucle comme avec Boomerang), emoji draw (dessin avec des emojis), magic eraser (outil de retouche).

 

L’année 2017 est-elle celle de la démocratisation du Live ? Format soutenu par la montée en flèche du format vidéo sur les réseaux sociaux et par l’engagement qu’il génère (les vidéos en direct sur facebook enregistrent 10 fois plus de commentaire et sont regardées 3 fois plus longtemps que les autres), il permet de toucher directement les consommateurs avec des contenus plus interactifs. Malgré son heure de gloire en 2016 grâce à Periscope, la vidéo Live n’a pas su s’imposer dans la durée. Aujourd’hui relancée par Facebook et Instagram, la vidéo Live prend une autre dimension et n’a surement pas dit son dernier mot.